01
mai
08

Jewel

Ce petit matin, cartes et jardins. Bonne visite.

Le premier véritable « article » de cet espace traitera… d’une chose que j’ai écrite il y a peu, et qui mériterait largement d’être retouchée, ne serait-ce que pour lui ôter de sa complexité, de son ton presque hautain.

Il rend relativement mal les impressions de Syrie, au départ davantage tournées vers une certaine forme d’émerveillement, je pense.

A suivre, de toute manière, le sujet imposé m’ayant donné quelques autres idées.

(Il s’agit en effet d’une  » libre contribution  » à un projet en ligne.)

« C’est pas une vie… »

Une simple idée fixe, murmurée du bout des lèvres par une Syrie déjà trempée comme une soupe, alors qu’elle n’est sortie que depuis quatre ou cinq minutes du douillet appartement où on l’a chaleureusement conviée pour la nuit… Tout en arguant l’air de rien, que ce n’est pas du travail de gentleman que de laisser une dame rentrer dans ses pénates alors qu’il fait un temps pareil.

Encore un peu, et notre – belle – demoiselle en rirait, si seulement la pluie ne jouait pas aux aiguilles glacées au travers de sa pèlerine et ses fins atours de la veille. De longs cheveux noirs à la fois retenus et ornés par un fil d’or mettent en valeur un visage dont l’ombre et la grisaille ne parviennent à dissimuler la forme délicate de ces yeux d’un bleu-vert presque dérangeant dans sa force, ni le trait légèrement dessiné de la bouche ou de l’arête du nez.

Le peu d’artifices apporté à ce tableau souligne pourtant la beauté raffinée d’une Syrie pressée de retrouver son chez-elle jusqu’au moment où les nuages s’écartent pour laisser passer un majestueux soleil.

Notre belle se fait moins pressée, moins encline à hâter le pas alors que bientôt, elle le sait, les fleurs sensibles à l’attention de Dame Nature, laisseront à l’impromptue visiteuse le plaisir de contempler leur éclat tout juste ragaillardi par la douce chaleur de l’astre rayonnant.

Le Palais est grand et regorge de trésors, de tentures et de tapisseries de maîtres, d’objets venus des confins et de métaux finement ciselés dont l’apparence fait parfois oublier l’utilité ; De tableaux saisissants et de tapis somptueusement brodés, sans que cela ne soit pour autant qu’une débauche sans goût d’opulence et de luxe.

Les corridors s’enchaînent, et il est bien facile de s’y perdre : Ceci étant, si, d’aventure, cela devait arriver, un jeune homme bien apprêté saurait sans aucun doute vous remettre sur le droit chemin et ainsi éviter quelques désagréments à tout le monde, en plus d’éventuelles frayeurs. La jeune femme referma instinctivement sur elle sa pèlerine humide en repensant à ce jour où…

Il ne fallait plus y penser, sous peine de, Syrie le sait, connaître de nouveau un endroit sombre, où la puanteur et la moisissure vous prennent à la gorge, où les gardiens ne connaissent ni loi ni justice, seulement l’obéissance aveugle aux maîtres des lieux : On y enferme les criminels les plus endurcis, les coupables de lèse-majesté, de paris illégaux, de vols en tous genres.

Les Geôles du Palais, aussi nommées « Geôles de L’Oracle » ont une réputation qui n’est plus à faire.

Son enfilade de couloir n’a certainement pas le côté rassurant des Jardins d’Opale et d’Adamant dans lesquels elle déambule présentement, apparemment peu soucieuse de croiser quelque garde (et pour cause…), loin de là ; Ni même le côté glacé de l’édifice principal du Palais.

L’enfilade de couloirs qui compose la prison n’est que ténèbres, comme dépositaire de témoignages anciens, de secrets oubliés, de noirceurs ancestrales. Syrie n’a rien d’une mystique, mais son unique séjour dans cette antre lui aura au moins permis de toucher du doigt une sorte de Mal bien différent de celui qu’elle avait pu connaître auparavant.

La lumière et le soleil n’en sont depuis que plus chers à ses yeux…

Opale était une femme d’une rare beauté, si l’on se fie à la statue qui La représente, les mains tendrement enlacées à celles d’Adamant, figures apparemment immortelles au milieu des Jardins qui porte leur nom.

L’endroit n’est que splendeur et délicatesse, à l’image de leur histoire pourtant méconnue ; Des motifs complexes et non-dénués de sens formés par quelques buissons que d’aucuns jugeraient tout juste bon à arracher, à la beauté rehaussée par un exceptionnel florilège de plantes grimpantes et fleurs en tous genres, ramenés des quatre coins de ce monde et de ceux attenants par des Maîtres d’Armes, des voyageurs, des colporteurs en tous genres. Il est aussi facile de se perdre dans les méandres du labyrinthe végétal des deux amants que dans les couloirs baroques du Palais, d’après Syrie qui les arpente pourtant régulièrement depuis plusieurs mois, « La grâce en soit rendue au Seigneur Kwyn ».

Notre négociante en charmes connaît bien le responsable de ces lieux, ainsi que son confrère responsable des serviteurs, pour les avoir souvent croisés. Mincham est un homme (elfe…) bien, un habitué des us et coutumes de la Nature, et ne rechigne jamais à son travail, qu’il aime clairement. Il est généralement accompagné d’une ou deux personnes, rarement les mêmes, les assistants envoyés par le « Recruteur du Palais » ayant une forte tendance à lui déplaire au plus haut point.

Ce dernier, un homme nommé Cazaril, n’a en apparence rien du type bien auquel on fait confiance : Unanimement détesté de la légion de domestiques qui sert sous ses ordres, reconnu cent fois coupables devant leur tribunal d’impiété, de favoritisme, de cruauté même, il occupe pourtant sa place depuis une douzaine d’années au bas mot, ce qui fait souvent remettre en question les capacités cognitives du maître des lieux…

Du point de vue de Syrie, s’il lui est effectivement antipathique, s’il lui paraît dur, Cazaril n’en reste pas moins une personne relativement fiable et aux faits de ce qu’il doit : Toujours sur la brèche, parvenant à maintenir cohérence et cohésion au sein de la fratrie, à faire le « lien » entre les employeurs et leurs sous-fifres. Un poste forcément ingrat de part sa position dans l’échelle sociale, ni en haut, ni en bas, en petits caractères à la fin du contrat chargé d’essuyer les pots cassés et les assiettes qui volent de toutes parts à la moindre occasion.

Un pauvre homme aux yeux de notre demoiselle qui en vient enfin à se décider à passer les Hautes Portes qui conduisent au Carrefour du Haut-Zénith, la route Sud la menant bientôt vers la Tour de Guet, joyau de la Cité Haute.

Tout en descendant, Syrie se prit à rêvasser aux merveilles entrevues dans le Palais et les appartements attenants : Une Salle des Cartes, immense, comme rêveuse devant son propre gigantisme, s’est un jour un peu dévoilée sous ses yeux ébahis d’enfant trop vite vieillie.

Le plafond y culmine à au moins six ou sept fois sa taille, et elle pourrait sans doute prendre deux, voire trois minutes pour la traverser de bout en bout à son pas habituel, si seulement il lui était possible d’y entrer.

Car il s’agit d’un des endroits aimé de l’Oracle, qui n’est pas si partageur que cela pour laisser pénétrer l’endroit par une femme de son genre. Cette vision fugitive s’est cependant gravée dans son esprit, des hauts murs couverts de cartes – où une immense représentant leur Monde, comprend des endroits qu’on ne lui a jamais enseignés à l’école…

Une autre encore lui a semblé représenter la Cité, mais de là où elle était – presque tapie dans l’entrée, les yeux scintillants de la lumière bleue, chaleureuse dispensée par les vitraux colorés – la grande carte posée sur une table de bois massif n’apparaissait pas très claire. Elle eut à ce moment juste le temps de faire comme si de rien n’était, belle demoiselle aux mœurs connues marchant dans les couloirs vers un point précis, pleine d’assurance.

Cette vision adoucirait cependant ces moments creux d’un intérêt autre que pécuniaire…

Oh, il y a bien sûr au Palais une profusion de Salons, Grandes Salles et autres affiliés, mais rien qui, aux yeux de Syrie, vaille réellement le plaisir de repasser dans sa tête les mille et un détails de l’endroit manifestement loin de la froideur toute impersonnelle caractérisant le reste des lieux, le foyer d’Opale et son amant mis à part, bien sûr.

Il lui suffit de fermer les yeux pour toucher dans un rappel aussi beau que douloureux cette pièce si grande et majestueuse, inaccessible et fermée à sa présence, qui lui ferait presque regretter à elle seule cette voie si peu recommandable qu’elle a malgré tout choisie d’emprunter. L’odeur de vieux parchemin, comme un relent de mer appuyé par ces reflets turquoise, le désordre, la poussière et le feu à peine crépitant dans la grande cheminée…

Tout lui revient en tête en un instant, à la fois clair et lointain.

Mais voilà que cette douce rêverie touche à sa fin, que l’éminent profil de la Tour de Guet grandit tant et si bien qu’il faut maintenant à Syrie lever la tête pour espérer apercevoir son point culminant, sans succès cependant.

L’endroit fourmille comme toujours d’activité – Et ce, de jour comme de nuit, elle est bien placée pour le savoir. La belle pend à son bras le long manteau maintenant sec et entre, apparemment peu soucieuse des égards que lui concèdent les hommes stationnant devant l’endroit.

Le Repaire de la Milice jouxte le Guet, aussi ne s’amusent-ils pas à s’avancer d’ardeurs qui pourraient leur coûter cher si un des séides de l’Oracle venait à remarquer leur manège, et, intérieurement, malgré sa nature féroce de contestataire de la première heure – malgré sa relative jeunesse – Syrie remercie les hommes et femmes qui composent cette unité, tout en ronchonnant qu’il s’agit de là de tout ce qu’ils peuvent faire de bien, inspirer la peur.

Sans y croire elle-même, peut-être…

Le bâtiment dans lequel notre demoiselle vient de s’engouffrer ne ressemble à aucun des « postes » qu’elle a pu connaître avant d’arriver à la Cité Eternelle. Sans être impeccable, l’endroit est relativement propre, quand on sait quel passage quotidien de simples gens et d’officiers il y a là. L’endroit est en effet le centre des « services » offerts par le Pouvoir actuellement en place, du Grand Registre des Arènes au Recensement des Maîtres d’Armes en Activité, le seul domaine n’y ayant pas sa place étant la Loi et son Application, de l’unique ressort des Séides de l’Oracle, les Median de la Milice.

Ils ressemblent un peu à Cazaril, quelque part… se dit la jeune femme avant de frissonner légèrement. Une bâtisse en pierre, des courants d’air, vous savez ce que c’est.

« J’ai trop traîné… » se fait-elle encore, consciente que la pause de midi est une des heures de grande affluence, presque pire que celle d’après le seizième de la journée, tout en jouant autant du coude, que du sourire et de finesse pour se frayer un chemin jusqu’aux escaliers, puis à un couloir du cinquième étage étrangement moins encombrés que les autres.

Ici l’on traite certaines « dépenses » attenantes au Palais, que ce dernier ne peut – ou veut – régler lui-même ; C’est là que Syrie et ses consœurs viennent chercher leur paye. Silage, responsable du « service » en question, est nonchalamment calé derrière le bureau en cèdre encombré d’une paperasse encore entassée là alors que les cas dont elle traite sont réglés depuis bien longtemps. Il est comme ça, assidu à la tâche mais peu soucieux du reste une fois celle-ci achevée…


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